Réunion publique sur l'Europe de la défense à Castelnau-le-Lez

CastelneauCher.e.s amis, cher.e.s camarades,

Je vous remercie pour votre présence à cette réunion publique. Merci pour l’invitation, Najat et Boris.

Avant de vous parler de l'Europe de la défense, je voudrais rapidement vous dire qui je suis. Mon parcours professionnel, académique et politique est étroitement lié à l’Europe. Au PS, j'ai été vice-présidente du PSE FEMMES et pendant 4 ans secrétaire nationale du PS aux droits de l’homme puis aux droits des femmes. J’ai été déléguée du PS pendant plus de dix ans aux congrès du PSE. Dernièrement, je faisais partie du comité de pilotage de la convention Europe pour la rédaction du projet européen du PS.

Dans le contexte actuel, l’Europe de la Défense est au cœur de nos préoccupations. Historiquement, l'Europe a été un théâtre de guerres et de tant de tragédies, ce qui a conduit de nombreux penseurs à promouvoir l'idée d'une unification politique pour garantir la paix. Ainsi, l'Europe a été fondée sur le principe du "plus jamais ça", symbolisant la volonté de prévenir les conflits armés sur son sol.

Depuis lors, nous avons été confrontés aux soubresauts de la dislocation de la Yougoslavie, ainsi qu'à une intervention ciblée, soutenue par les Américains, contre la Serbie de Milosevitch. Nous avons également traversé une guerre dévastatrice en Bosnie et avons réussi à éviter un conflit en Géorgie. Puis, ces dernières années, les tensions avec la Russie se sont intensifiées en raison du conflit en Ukraine.

Aujourd'hui, la guerre ne s’arrête pas aux frontières de l'Europe, mais elle se déroule sur le continent européen. Le déploiement de forces massives par Poutine et son implication dans une économie de guerre menacent la stabilité en Europe.

Dans ce contexte, la première question que l’on se pose est : sommes-nous prêts à affronter cette guerre ?

Le 9 novembre 1989 marque l'effondrement du mur de Berlin, ouvrant une frontière commune entre l'Europe et la Russie, initialement avec les pays baltes, puis dans une certaine mesure avec l'Ukraine.

Le 17 février 1992, les 12 pays européens de l'époque ont signé le traité de Maastricht qui prévoit pour l’Union une coopération en matière de politique étrangère et de sécurité. L'article J.4 de ce traité inclut l’ensemble des questions relatives à la sécurité de l'Union européenne, y compris l'établissement d'une politique de défense commune.

Depuis, de nombreuses initiatives ont été lancées, telles que le sommet de St Malo avec les Anglais en décembre 1998, puis la création de l'Eurocorps, corps armé européen constitué par des soldats français et allemands, et aussi en 2010 le traité de Londres qui vise à renforcer la coopération franco-britannique dans le domaine de la Défense.

Mais l'agression russe en 2014 en Crimée a précipité le processus d'intégration des systèmes de défense. Tout d'abord, l'autonomie stratégique européenne a été renforcée avec la création du Fonds européen de défense en 2021, doté de 1,9 milliard d'euros. Ensuite, en décembre 2022, la mise en place de la boussole stratégique. Je vous rappelle que les traités européens stipulent dans leur article 42.7 la disposition suivante : "Si un État membre est victime d'une agression armée sur son territoire, les autres membres sont tenus de lui apporter assistance." C'est précisément pour cette raison que l'adhésion de l'Ukraine à l’Europe n’est pas neutre.

Mais quel est l’effort financier que consacrent les pays européens pour la défense commune ?

En 2022, la France se positionne au 5e rang en termes de contribution financière à la défense commune, avec 1,8 % de son PIB, alors que la moyenne européenne se situe à 1,3 %. Les dépenses de la France s'élèvent à 48 milliards d'euros, tandis que l'Allemagne investit 44 milliards, l'Italie 25 milliards et le Royaume-Uni 64 milliards.

Comparativement, les États-Unis consacrent 780 milliards à leur défense. Notons que malgré une augmentation des dépenses militaires, le budget global de la défense européenne est resté stable en 2022 par rapport à 2021, malgré l'agression de la Russie.

Voilà pourquoi, depuis plusieurs années, le PSE se prononce pour une Europe de la Défense et que le PS en a fait un objectif central qui s'inscrit dans sa vision d'une plus forte intégration européenne et d'une Union européenne capable de protéger ses citoyens et de défendre ses intérêts communs.

D’où la question suivante : Qu'est-ce qui nous distingue des autres listes dans le cadre de ces élections européennes ?

D’abord, vis-à-vis de l'extrême droite, le Rassemblement National (RN) rejette l'idée d'une Europe de la défense, car son nationalisme d’exclusion considère la souveraineté française dans ce domaine comme intangible. De plus, le RN estime qu’il n’y a pas de risques vis-à-vis de la Russie. Ils se sont abstenus lors du vote à l’Assemblée nationale sur l'accord stratégique avec l'Ukraine. On pourrait dire qu'ils n'ont pas d'avis sur l'Ukraine, ce qui impliquerait un avis favorable à la Russie.

Pour ce qui est des Républicains, bien qu’ils condamnent l'agression russe en Ukraine, ils sont réticents à l'idée de doter l'Europe de moyens militaires solidaires. Ils préfèrent plutôt promouvoir l'autonomie stratégique de la France, ce qui, dans les faits, laisse les mains libres à Poutine.

Emmanuel Macron, comme vous l’avez constaté au cours de ces deux dernières années, a changé de position vis-à-vis de Poutine, ce qu’a d’ailleurs souligné Raphaël Glucksman. Initialement, Macron était en faveur du dialogue avec la Russie, il est passé ensuite à l'idée de ne pas humilier la Russie, puis à celle de ne pas exclure l'envoi de troupes en Ukraine. Si nous partageons la conversion tardive du président au risque russe, il est évident que Macron l’utilise comme clivage dans le cadre de ces élections européennes, dans l’objectif de combler le retard de Renaissance dans les sondages face à l'extrême droite. Mais, en clivant en Europe entre les pacifistes et les bellicistes, Macron crée un clivage qui réconforte Poutine dans l’idée que l'Europe ne sera jamais unie contre lui.

Aujourd'hui, la question cruciale est celle de l'union des Européens, qui est nécessaire, plutôt que d'une clarification qui n'a pas lieu d'être, car presque tous les pays européens, à l'exception des Hongrois et des Slovaques, mesurent le risque russe, comme l'a confirmé la récente conférence de Paris. L'envoi de troupes en Ukraine est considéré à la fois comme prématuré et procèderait d’une riposte européenne qui ne serait pas exclue si le front ukrainien venait à s’effondrer. On est bien d’accord que la France, étant sous-équipée et sous-financée, est incapable de se projeter seule dans ce conflit.

Reste la question de la défense nucléaire qui est encore moins d'actualité, car Macron ne prendrait pas le risque de riposter à une frappe tactique russe qui pourrait déclencher une riposte russe. De plus, il est peu probable qu'une décision collective à ce sujet soit prise sur le plan européen.

Donc, nous nous distinguons de Macron par le sérieux de notre engagement, sa continuité, sa cohérence et notre refus des manœuvres électoralistes qui affaiblissent le front européen.

Reste Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui affirmait que la Russie ne représentait aucune menace et que seule l'OTAN constituait une menace pour la Russie. Mélenchon adopte une grille de lecture simpliste : l'ennemi est l'impérialisme américain et son système de défense, ainsi que ses alliés, tels qu'Israël. Selon lui, les pays impériaux ou les factions qui résistent sont progressistes, quelle que soit leur nature. Aujourd'hui, il se présente comme un défenseur de l'Europe de la paix. Mais d’une paix sans condition, ce qui signifierait une victoire de Poutine qui l’encouragerait dans de nouvelles conquêtes. Car pour le dictateur du Kremlin, la formation d'un glacis est son obsession et il en fait une question identitaire pour la Russie. Vous pouvez demander aux partisans de Mélenchon : pourquoi n'a-t-il jamais condamné clairement l'agression russe en Ukraine ? À cette question, leur réponse est qu'il ne faut pas d’Europe de la défense ni de réarmement, mais qu'il faut négocier. Mais ils ne précisent pas quel est l'objectif, quel est le but de ces négociations. Ils prônent inconditionnellement la paix, sans poser aucune condition, ce qui revient de fait à vouloir une défaite de l'Ukraine. Souvenez-vous que Mélenchon a critiqué vertement Zelensky, estimant qu’il n'avait pas à parler ainsi de la France. Cela s’est passé au début de l’invasion de l’Ukraine, quand Zelensky trouvait que Macron se montrait trop conciliant envers Poutine.

Bref, si nous avions formé une liste NUPES avec Mélenchon, nous aurions été globalement dans le camp de Poutine. Et si on suivait Mélenchon aujourd'hui, le Front national aurait le champ libre pour affirmer que les Européens de la paix veulent le déshonneur de l'Ukraine et que lui seul, avec Macron, défendent les intérêts de l'Ukraine et la dignité de son peuple.

Chers amis, chers camarades,

Or nul n’ignore que les Ukrainiens se battent pour préserver un modèle européen de démocratie et de développement dans le but de construire un avenir plus prospère et démocratique pour leur pays.

Notre position n'a pas pour but de déclencher un conflit armé. Elle ne vise pas à sacrifier des vies pour le Donbass, comme le prétend Manon Aubry. Notre objectif est de faire comprendre à Poutine qu'il ne pourra pas l'emporter, afin de le contraindre à rechercher la paix, et non pas selon ses conditions.

Entre la capitulation et la menace nucléaire, notre stratégie consiste à nous armer afin d'imposer la paix.

Tout le monde connaît l'adage : "Si vis pacem, para bellum" (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »), qui est le titre d’une tribune que j’ai publiée récemment, dans laquelle j’estime que le soutien européen à l’Ukraine doit être total pour arrêter l’agresseur.

Certes, notre objectif demeure la paix ! Si Jaurès a écrit "L'Armée Nouvelle", si la SFIO a fait de la résistance avec les armes à la main avec Daniel Mayer, et si la gauche communiste a combattu lors de la révolution russe, allemande ou espagnole, si Trotsky affirmait que derrière le pacifisme se cachait la capitulation face à l'impérialisme, c’est bien que la paix est notre objectif, sans pour autant renoncer à nos principes pour l'atteindre.

Je suis même convaincue que la paix ne pourra être obtenue et garantie qu’en imposant un rapport de force. Car une paix issue d'une capitulation ne serait qu'une pause dans l’attente d’un futur conflit.

Selon un sondage, 72 % des Français redoutent une agression dans les années à venir et estiment que la France est vulnérable. Leur préoccupation ne découle pas d'une inclination belliqueuse, mais de la réalité d'un monde instable, et de leur désir de préserver leur liberté.

Au-delà de son aspect purement sécuritaire, l'Europe de la défense incarne l'un des piliers fondamentaux de la construction européenne ainsi qu'une certaine idée de l'Europe. Je suis convaincue que, à l'exception de Macron, dont la position a oscillé d’un extrême à l’autre, cette question constitue une ligne de partage nette entre les partisans d'une Europe unie et ceux qui prônent une approche souverainiste et anti-européenne. Et aussi, dans le conflit opposant la Russie et l'Ukraine, se distinguent ceux qui soutiennent la défaite de la Russie et ceux qui prônent la défaite de l'Ukraine.

C'est pourquoi, mes chers amis et camarades, je considère qu'en ce qui concerne l’Europe de la Défense (sans parler des autres sujets), la liste menée par Glucksman est la seule à présenter une cohérence dans ses positions et à véritablement incarner un vote utile en faveur de l'Europe pour renforcer le PSE, qui est aujourd'hui le 2ème groupe au sein du Parlement. Il suffirait de 20 à 25 sièges pour que le PSE soit majoritaire à l’issue de cette élection et pour faire basculer l’Europe dans le camp des progressistes.

Nous vivons dans un monde dangereux et le président Mitterrand n’avait pas tort en disant que “le nationalisme, c’est la guerre”. Je crois profondément que l’Europe en est l’antidote. J’en suis profondément convaincue.

Nous, qui sommes des sociaux-démocrates et rêvons avec raison à une refondation pour la gauche et surtout pour la France républicaine et laïque, ne devons pas oublier que la France est notre patrie, mais l’Europe est notre avenir.

Les bouleversements que rencontre le monde d’aujourd’hui exigent de faire de l’Europe une question de principe et un aboutissement à nos combats !

Pour terminer, je souhaite évoquer avec vous un aspect de la stratégie de communication dans cette campagne. Nous devons avoir en tête durant cette campagne que nous devons parler à quatre catégories d’électeurs :

  • Tout d'abord, les "bobos" des centres-villes, qui sont attentifs à sanctionner Mélenchon ;
  • Ensuite, les pro-européens, bien que peu nombreux, qui sont attentifs au rapport de force au niveau européen entre le PPE et le PSE ;
  • Puis, les "Français périphériques", qui sont attentifs à l’impact de la politique européenne sur leur situation personnelle. Ce que notre projet qualifie de l’Europe du quotidien : des succès ont été réalisés avec l’impulsion de notre délégation française, comme l’obtention des droits pour les travailleurs des plateformes, le soutien de l’Europe face à la crise de la Covid et le Green Deal pour faire face au défi climatique, et la réponse européenne à Poutine, qui menace nos démocraties. Pour ces électeurs de la France périphérique, nous nous engageons dans notre projet pour une Europe avec de nouvelles protections, une Europe de la solidarité et une Europe de l’égalité ;
  • Enfin, la quatrième catégorie est celle des abstentionnistes. Ce qui va les motiver, c’est la dynamique électorale, car la dynamique est porteuse d’espoir.

Je constate aussi qu'il se passe quelque chose d'important. Rien qu'en publiant un tweet après notre réunion, j'ai eu 250 000 vues et des centaines de messages privés, alors qu'avec Hidalgo, j'étais limité à 400 vues. Cela montre clairement l'engouement que suscite Raphaël Glucksman. Pour moi, cela vaut plus que tous les sondages.

Concernant notre projet qui est en préparation, je le résumerai en trois mots : protection et progrès social.

  • Nous aspirons à une Europe puissante, capable de protéger les Européens tout en les faisant progresser.

Pour défendre 3 principes : Europe SD, Gauche SD, Avènement d’une France SD (car le PS ne s’est jamais proclamé clairement social-démocrate, cela est dû à son histoire différente de celle des Allemands ou des pays nordiques, qui s’étaient appuyés sur les syndicats. Nous, nous nous sommes appuyés sur notre tissu associatif et sur nos valeurs).

Je suis, comme vous tous ici, persuadée que la social-démocratie européenne est la seule à pouvoir surmonter ces crises.

Ce projet s’articule sur un triptyque fondé sur la promesse :

  1. D'une Europe qui s'affirme face aux nouvelles menaces.
  2. D'une Europe puissance.
  3. D'une Europe du quotidien, avec de nouvelles protections, une solidarité et une égalité renforcées.

Chers amis,

Je dirai : la dynamique est là ! Raphaël Glucksman, on y croit ! Glucksman représente l'avenir de la gauche en France et en Europe ; il est l’avenir de l'Europe.

Je vous remercie de votre attention.

Retrouvez notre programme ici

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